Voyager autrement : six romans, une Histoire à redécouvrir
Lire un roman de Simone van der Vlugt, c’est ouvrir une porte sur le passé — un passé qui respire, vibre, lutte. Ses héroïnes n’attendent pas qu’on leur raconte l’histoire : elles la vivent, elles la traversent, elles la façonnent. De Delft à Batavia, de Rotterdam à Anvers, en passant par les polders ou les rues d’Amsterdam, ses récits tissent des cartes où chaque lieu devient le témoin d’un choix, d’une résistance, d’un désir d’émancipation.
Cet article vous propose une autre façon de voyager : non pas en suivant une ligne droite sur une carte, mais en empruntant les détours des destins féminins que Simone van der Vlugt met en lumière. Avec elles, nous remontons le temps et parcourons les Provinces-Unies en guerre, les faïenceries en effervescence, les ports coloniaux en mutation.
Chaque étape est une escale littéraire et historique, et chaque ville, un miroir de leur transformation. Ces itinéraires ne sont pas faits pour consommer du paysage, mais pour écouter ce que les pierres ont à nous dire.
1. De Rijp – Alkmaar – Amsterdam – Delft – Bleu de Delft
Entre pigments, faïence et liberté : la renaissance d’une femme au Siècle d’or
Roman : Bleu de Delft de Simone van der Vlugt
Époque : Années 1650
Lieux principaux : De Rijp, Alkmaar, les polders, Amsterdam, Delft
Thèmes : art, peinture, faïence, émancipation, peste, explosion, Siècle d’or néerlandais
Qui est Catrijn ?
Catrijn est une jeune veuve issue du paisible village de De Rijp, baigné dans une lumière nordique douce. Là, entre canaux tranquilles et maisons basses, elle a connu le travail de la terre et les silences épais. Mais après la mort de son mari, dans des circonstances troubles, elle décide de partir. Elle quitte le cocon de son enfance pour Alkmaar, ville marchande animée où le célèbre marché au fromage révèle déjà un autre rythme, une autre énergie.
Son chemin la mène ensuite à Amsterdam, métropole où tout semble possible. Dans le tumulte des canaux et des ateliers, elle découvre l’art, l’indépendance, la ville-monde, et rencontre Rembrandt, figure charismatique du Siècle d’or. Mais un ancien valet surgit de son passé et la menace. Elle fuit à nouveau, cette fois vers Delft, la cité de la faïence. C’est là qu’elle trouve sa vocation, dans un atelier de céramique où elle va contribuer à l’essor du célèbre bleu de Delft, tout en s’émancipant dans un monde d’hommes.
Ce que l’on découvre en lisant ce roman
Bleu de Delft est un roman de lumière et de résilience. À travers Catrijn, Simone van der Vlugt donne voix aux femmes artistes de l’ombre, celles qui ont contribué à l’art sans y apposer leur nom. Le livre mêle la peinture sur toile et sur faïence, le poids du passé et la promesse de l’avenir, les tourments personnels et les bouleversements collectifs. La peste, les rumeurs, l’explosion de la poudrière de 1654… tout cela n’éteint pas la lumière créative de son héroïne. Et tout au long du roman, les lieux traversés deviennent des miroirs de sa propre métamorphose.

Itinéraire de 3 jours inspiré du roman : d’un village tranquille à la ville de la céramique
Jour 1 – De Rijp et Alkmaar, de la terre à l’éveil
- Balade dans De Rijp, village aux maisons en bois bordant les canaux : ressentir le calme d’un monde que Catrijn quitte
- Visite d’Alkmaar et de son marché au fromage, incarnation de la vitalité commerciale du XVIIe siècle
- Détour par un atelier de tissage ou de lin, en hommage à l’univers textile qu’elle laisse derrière elle
Jour 2 – Traversée des polders vers Amsterdam
- Parcours à vélo ou en train à travers les polders, entre digues, saules et prés : symboles d’adaptation et de reconquête
- Visite de la maison Rembrandt et balade dans le quartier des marchands d’art
- Pause au bord de l’Amstel pour lire ou écrire, comme Catrijn aurait pu le faire en rêvant de faïence et de motifs venus d’ailleurs
Jour 3 – Delft, entre feu et porcelaine
- Visite du Royal Delft Museum pour découvrir les techniques ancestrales de la céramique
- Arrêt devant la Nieuwe Kerk et les canaux : s’imprégner du décor qui a vu naître la gloire artistique de la ville
- Flânerie jusqu’au site de l’ancienne poudrière, ravagée en 1654, témoignage d’un passé aussi éclatant que tragique
🔗 Ressources pratiques : Guide du Routard Pays-Bas – Site du Royal Delft Museum – Royal Delft – Faïencerie historique – Maison Rembrandt à Amsterdam – Visite de De Rijp et des polders – Tourisme Hollande du Nord – Visite guidée sur les pas de Vermeer à Delft
Lire pour peindre autrement
Bleu de Delft est un roman qui parle d’art avec les mains pleines de terre. Il évoque les couleurs qu’on broie, les motifs qu’on répète, les murs qu’on heurte. C’est aussi un hommage vibrant à ces femmes oubliées des ateliers, qui n’avaient pas le droit de signer leurs œuvres mais façonnaient la beauté du quotidien. En traversant De Rijp, Alkmaar, Amsterdam, les polders et Delft, Catrijn fait bien plus qu’un voyage : elle se façonne elle-même, comme une pièce de faïence encore fraîche, prête à traverser le feu sans se briser.
📖 Je parle plus en détail du livre Bleu de Delft dans cet article : « Bleu de Delft » de Simone Van Der Vlugt : Une plongée littéraire dans l’histoire
2. Amsterdam & Anvers – La Fabrique
Entre vapeur, lait et liberté : deux femmes, deux époques
Roman : La Fabrique de Simone van der Vlugt
Époques : 1892 (Pays-Bas) et 1914 (Belgique)
Lieux principaux : Amsterdam et Anvers
Thèmes : émancipation féminine, transmission, industrie, ruralité, guerre, héritage
Qui sont Lydia et Nora ?
Lydia n’avait rien prévu. En découvrant le carnet de son père récemment décédé, elle se plonge malgré elle dans un projet industriel audacieux : la création d’une fabrique de fromage moderne, actionnée à la vapeur. Une idée ambitieuse, surtout pour une femme seule dans les Pays-Bas de la fin du XIXe siècle. Mais portée par une volonté farouche et l’aide discrète mais précieuse d’un fermier, Lydia se lance. Elle construit pierre après pierre, non seulement une usine, mais un espace pour exister en tant que femme libre et créatrice.
Des années plus tard, sa fille Nora quitte les Pays-Bas pour trouver refuge à Anvers, en 1914, alors que la guerre approche. Entre héritage maternel, quête d’autonomie et instabilité du monde, Nora cherche à définir ses propres choix — loin de tout, mais jamais hors du fil de la mémoire.
Ce que l’on découvre en lisant ce roman
La Fabrique est un roman de transmission et de rupture. Il met en lumière deux générations de femmes, liées par le sang mais séparées par leurs aspirations. Lydia, la mère, construit. Nora, la fille, cherche à fuir, à vivre autrement. Et entre elles, le poids d’un siècle qui bascule. L’arrière-plan historique est subtilement tissé : la modernisation des campagnes, le poids des conventions sociales, l’arrivée de la Première Guerre mondiale. C’est aussi un hommage à ces femmes invisibles de l’Histoire qui ont bâti, aimé, transmis, sans forcément laisser de traces.

Itinéraire de 3 jours inspiré du roman : entre héritage industriel et exil intérieur
Jour 1 – Amsterdam, mémoire industrielle
- Visite du quartier de Jordaan, là où les projets industriels fleurissaient à la fin du XIXe siècle
- Découverte du Musée du Fromage, pour comprendre la symbolique de cette industrie aux Pays-Bas
- Flânerie sur les quais ou dans un ancien hangar réhabilité : imaginer Lydia, carnet à la main
Jour 2 – Campagne néerlandaise, entre Zaanse Schans et Gouda
- Visite d’une ancienne ferme-fromagerie à vapeur à Zaanse Schans, proche de ce que Lydia aurait pu bâtir
- Balade à vélo entre canaux, meules de foin et moulins
- Pique-nique au bord de l’eau, à la manière des ouvriers et artisans du passé
Jour 3 – Anvers, dans les pas de Nora
- Arrivée en Belgique, dans le quartier Zurenborg ou autour de la Gare centrale, où Nora aurait pu se réfugier
- Pause au Musée Red Star Line, dédié aux migrations et départs précipités
- Dernière étape au bord de l’Escaut : écrire à la main une lettre qu’on n’enverra pas — comme un écho à Nora
🔗 Ressources pratiques : Guide du Routard Pays-Bas – Musée du Fromage d’Amsterdam – Site officiel – Visites de fromageries traditionnelles aux Pays-Bas – Office du tourisme d’Anvers – Musée Red Star Line à Anvers
Lire pour honorer les bâtisseuses
La Fabrique donne à voir ce que l’on oublie souvent : que derrière chaque industrie, chaque lignée, chaque décision économique… il y a une femme. Ou deux. Lydia incarne la force tranquille des pionnières. Nora, l’ambiguïté de l’héritage. Ensemble, elles racontent une histoire de courage, de transmission, et de solitude choisie. Et que l’on marche à Amsterdam ou dans les rues d’Anvers, on peut encore sentir leurs pas, invisibles mais tenaces.
3. Amsterdam – La Maîtresse du peintre
Dans l’ombre de Rembrandt, la voix d’une femme oubliée
Roman : La Maîtresse du peintre de Simone van der Vlugt
Époque : XVIIe siècle, âge d’or de la peinture néerlandaise
Lieu principal : Amsterdam
Thèmes : peinture, pouvoir, domination masculine, société patriarcale, invisibilisation des femmes
Qui est l’héroïne ?
Geertje Dircx, servante puis maîtresse du célèbre peintre Rembrandt van Rijn, est un nom que l’Histoire a tenté d’effacer. Pourtant, son destin fut bouleversant : amoureuse, abandonnée, trahie, enfermée. Dans ce roman, Simone van der Vlugt reprend les rares traces laissées dans les archives pour lui redonner voix, chair et dignité. Loin des portraits idéalisés, La Maîtresse du peintre raconte une chute sociale aussi violente qu’injuste.
Ce que l’on découvre en lisant ce roman
En pénétrant dans l’intimité d’un génie, ce n’est pas la lumière que l’on découvre d’abord, mais les ténèbres. Rembrandt, figure centrale de l’art néerlandais, y apparaît dans toute sa complexité : talentueux, visionnaire, mais aussi cruel et manipulateur. À travers Geertje, on explore une Amsterdam prospère mais impitoyable, où les femmes peuvent être réduites au silence en un claquement de doigt. Le roman révèle les contradictions d’un monde où la beauté se vend, mais où l’amour, lui, ne pèse rien.

Itinéraire de 3 jours à Amsterdam sur les traces du roman
Jour 1 – Amsterdam, cité des marchands et des artistes
- Arrivée dans le centre historique, installation dans un quartier typique comme Jordaan
- Balade le long des canaux classés à l’UNESCO : Herengracht, Keizersgracht, Prinsengracht
- Passage par le quartier où vivait Rembrandt, entre les maisons de maîtres et les ruelles étroites
- Dîner dans une ancienne auberge au charme préservé, pour s’immerger dans l’ambiance du XVIIe siècle
Jour 2 – L’univers du peintre et de la femme oubliée
- Visite de la Maison de Rembrandt (Rembrandthuis) : atelier, objets personnels, reconstitution de son espace de travail
- Lecture d’un extrait du roman dans la salle où Geertje aurait pu poser
- Visite du Rijksmuseum pour découvrir ses tableaux, mais aussi ceux de ses contemporains (Vermeer, Frans Hals, Judith Leyster)
- Flânerie au marché aux fleurs ou dans les ruelles de Jordaan, évoquant l’arrière-plan quotidien du roman
Jour 3 – Les silences de la ville
- Visite du Begijnhof, havre de paix fondé pour les femmes pieuses et indépendantes, qui fait écho au destin de Geertje enfermée au Spinhuis
- Pause dans une librairie spécialisée en histoire de l’art
- Retour par une promenade en bateau sur les canaux : une autre manière de voir la ville et ses reflets changeants
- Départ, avec en mémoire une ville d’ambivalences : éclatante en surface, troublante en profondeur
🔗 Ressources pratiques : Guide du Routard Pays-Bas – Maison Rembrandt – Site officiel – Office du tourisme d’Amsterdam
Lire pour faire justice
Dans La Maîtresse du peintre, la littérature devient un acte de réparation. Geertje Dircx n’a laissé que quelques lignes dans les registres d’un tribunal, mais Simone van der Vlugt en fait un personnage vibrant d’émotion et de dignité. En marchant dans Amsterdam, on peut encore sentir ce tiraillement entre la gloire des chefs-d’œuvre exposés et les vies effacées qui se cachent derrière. Une autre façon de découvrir la ville : à travers les yeux de celles qui ont trop longtemps été oubliées.
4. Rotterdam – La Ville dévastée
Reconstruire sur les décombres
Roman : La Ville dévastée de Simone van der Vlugt
Époque : Mai 1940 et années suivantes
Lieu principal : Rotterdam
Thèmes : guerre, résilience, famille, choix moraux, survie, mémoire
Qui est Katja ?
Quand les bombes allemandes s’abattent sur Rotterdam le 14 mai 1940, Katja perd tout. Sa ville, son quartier, une partie de sa famille. Avec son mari Daniel, elle tente de recoller les morceaux. Ils accueillent les membres survivants de leur famille, mais la vie ne tarde pas à basculer à nouveau. Car si Katja lutte pour préserver un noyau familial, elle découvre dans sa propre belle-famille une complaisance inquiétante envers l’occupant nazi. Au milieu des ruines, elle doit alors trouver comment rester fidèle à ses valeurs, tout en protégeant ceux qu’elle aime.
Ce que l’on découvre en lisant ce roman
La Ville dévastée est sans doute l’un des romans les plus poignants de Simone van der Vlugt. En s’emparant du bombardement de Rotterdam, événement traumatique et peu connu hors des Pays-Bas, elle donne corps à la sidération, à la douleur, mais aussi à la résilience du quotidien. Ce n’est pas un roman de guerre au sens militaire du terme : c’est un roman de choix intimes, d’humanité menacée, de femmes qui tiennent debout quand tout s’effondre. Katja est forte parce qu’elle n’a pas le choix, et cela résonne longtemps après avoir refermé ce livre.

Itinéraire de 3 jours inspiré du roman : mémoire et renouveau à Rotterdam
Jour 1 – Sur les traces du bombardement
- Visite du musée Het Schielandshuis pour comprendre l’impact de l’attaque de 1940
- Balade dans le quartier de Laurenskwartier, reconstruit après la guerre
- Découverte de la statue de Zadkine (La ville détruite) : un homme éventré symbolisant le cœur arraché de la ville
Jour 2 – Entre guerre et courage civil
- Visite du Musée de la Résistance de Rotterdam pour mieux comprendre le climat sous l’Occupation
- Pause méditative dans le Jardin de l’Hôpital Sainte-Elisabeth, un lieu calme au cœur de la ville
- Flânerie jusqu’à l’ancienne bibliothèque (ou ce qu’il en reste) pour sentir le poids du silence et de la disparition
Jour 3 – Renaissance et modernité
- Découverte du Markthal et des cubes-habitations : symboles de la reconstruction architecturale
- Croisière sur la Meuse pour voir la ville depuis l’eau et mesurer son renouveau
- Lecture d’un passage du roman sur un banc face au pont Erasmus, lieu de mémoire et d’avenir
🔗 Ressources pratiques : Guide du Routard Pays-Bas – Musée de la Résistance de Rotterdam – Parcours « Rotterdam 1940-45 » en ville
Lire pour ne pas oublier
La Ville dévastée nous rappelle que derrière chaque mur effondré se cache une vie. Une femme, un choix, un cri, un espoir. Simone van der Vlugt y raconte l’après : la ville qui n’est plus, les proches qui ont disparu, les valeurs qui vacillent. Et la nécessité, malgré tout, de continuer à marcher. À Rotterdam, chaque bâtiment moderne dialogue avec les cendres de l’ancien monde. Y marcher après avoir lu ce roman, c’est écouter les pierres et honorer les silences.
5. Leyde, Breda & La Haye – Neige rouge
Aimer, croire, résister : une femme au cœur de la tourmente
Roman : Neige rouge de Simone van der Vlugt
Époque : 1552–fin des années 1500
Lieux principaux : Leyde, Breda, La Haye
Thèmes : Réforme religieuse, intolérance, amour interdit, épidémies, guerre, condition des femmes
Qui est Lideweij ?
Lideweij Feelinck a 20 ans quand sa vie bascule. Issue d’une famille catholique aisée de Leyde, elle tombe amoureuse d’Andries Griffioen, un jeune médecin protestant, appelé à rejoindre la cour de Guillaume d’Orange à Breda. Le fossé religieux, dans une époque minée par la montée de l’Inquisition, rend leur union impossible aux yeux de son père. Mais Lideweij choisit l’amour. Elle part avec Andries, affrontant le rejet, l’exil, la peste… et la guerre. Car autour d’eux, les Pays-Bas s’embrasent. Les réformes religieuses divisent, l’armée espagnole étouffe, et le nom du duc d’Albe devient synonyme de terreur.
Ce que l’on découvre en lisant ce roman
Neige rouge est une fresque historique, mais c’est avant tout un roman de courage féminin. Simone van der Vlugt y excelle dans ce qu’elle fait de mieux : mêler destin intime et grande Histoire. Loin de l’ennui scolaire, on vit la montée de l’oppression religieuse de l’intérieur. On comprend ce que coûte un choix : quitter sa foi, sa ville, son père, pour défendre une conviction. La guerre de Quatre-Vingts Ans, souvent méconnue, devient ici chair, voix, larmes, grâce aux yeux de Lideweij, puis de sa fille Isabella. Le roman est aussi traversé par les ombres de la peste, des sièges, et des trahisons politiques.

Itinéraire de 3 jours inspiré du roman : des villes de savoir à la cour de résistance
Jour 1 – Leyde, racines et ruptures
- Visite du Rijksmuseum Boerhaave, consacré à l’histoire des sciences et de la médecine (comme un écho au métier d’Andries)
- Balade dans le quartier des drapiers autour du canal Rapenburg, là où aurait pu vivre la famille Feelinck
- Pause méditative à la Pieterskerk, cœur historique et religieux de la ville
Jour 2 – Breda, la nouvelle vie
- Découverte du château de Breda, ancienne résidence de Guillaume d’Orange
- Visite du Béguinage de Breda, havre de spiritualité protestante
- Détour vers le park Valkenberg pour imaginer les promenades secrètes de Lideweij et Andries
Jour 3 – La Haye, les tensions politiques
- Musée Gevangenpoort (ancienne prison), pour ressentir l’ambiance de répression de l’époque
- Promenade au Binnenhof, où l’on devine les jeux d’alliances entre nobles, religieux et courtisans
- Lecture silencieuse de Neige rouge dans un café, comme une manière de clore ce périple intérieur
🔗 Ressources pratiques : Guide du Routard Pays-Bas – Visit Leiden – Visit Breda – Visit The Hague
Lire pour traverser les frontières
Neige rouge nous dit que la foi, l’amour et la loyauté ne sont jamais simples — surtout quand l’Histoire gronde. C’est un roman qui interroge : que sacrifie-t-on pour rester soi-même ? Quelle place peut prendre une femme dans une époque qui ne veut pas d’elle libre ? Grâce à Lideweij, le XVIe siècle néerlandais devient un miroir : entre trahisons politiques, épidémies, religions qui s’affrontent et femmes en quête de place, il nous rappelle combien chaque époque a ses tempêtes. Mais aussi ses résistances.
6. Amsterdam – Batavia – La Route des Indes
Embarquer pour mieux comprendre : grandeur, douleur, et courage d’une femme
Roman : La Route des Indes de Simone van der Vlugt
Époque : 1627–1630
Lieux principaux : Amsterdam, îles du Cap-Vert, Abrolhos, Batavia (Jakarta)
Thèmes : colonisation, navigation, condition féminine, justice, esclavage, choc culturel
Qui est Eva Ment ?
À 18 ans, Eva Ment pensait qu’elle épouserait un homme de bonne famille d’Amsterdam. Mais lors d’un bal, elle attire l’attention de Jan Pieterszoon Coen, gouverneur général de Batavia et figure emblématique de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Il est plus âgé, puissant, charismatique. Et il la choisit. Eva devient sa femme et, peu après la naissance de leur fille, embarque pour un voyage de sept mois en mer vers les Indes néerlandaises, en compagnie d’une partie de sa famille. Ce qui l’attend ? Une nouvelle vie. Mais aussi l’exil, la solitude, la maladie, et la découverte brutale de la réalité coloniale.
Ce que l’on découvre en lisant ce roman
Avec La Route des Indes, Simone van der Vlugt signe un roman ample et rigoureux, qui ne se contente pas de raconter une histoire d’amour ou de mer. C’est une fresque sur le commerce colonial, sur les violences faites aux peuples autochtones et aux femmes, sur le pouvoir et sur l’ambiguïté humaine. Eva Ment, figure historique réelle, devient ici l’incarnation d’un regard lucide au sein d’un monde d’hommes, partagé entre luxe, domination et cruauté. Le roman nous fait sentir le mal de mer, la promiscuité à bord, les tempêtes, les épidémies, et les tensions morales d’une femme projetée trop loin, trop vite.

Itinéraire de 3 jours inspiré du roman : Amsterdam, mémoire maritime et échos coloniaux
Jour 1 – Amsterdam, la cité du départ
- Visite du Musée maritime (Scheepvaartmuseum) pour comprendre le rôle central d’Amsterdam dans la VOC
- Découverte du quartier des teinturiers, berceau de la famille Ment
- Balade dans l’ancien port d’où partaient les navires pour Batavia (actuel Java)
Jour 2 – Plongée dans le passé colonial
- Visite du Tropenmuseum, musée des cultures du monde avec une lecture critique de la colonisation néerlandaise
- Pause à la bibliothèque universitaire d’Amsterdam pour consulter des cartes anciennes de la route des Indes
- Lecture d’un passage du roman sur les quais, face à l’eau, là où les adieux se faisaient
Jour 3 – Évocation de Batavia
- Flânerie dans le quartier des anciennes maisons de marchands pour ressentir la distance sociale entre colonisateurs et peuple
- Installation dans un café historique pour écrire une lettre à la manière d’Eva, en quête de justice et de liberté
- Lecture sur les épices, si précieuses qu’elles ont bâti des empires
🔗 Ressources pratiques : Guide du Routard Pays-Bas – Musée maritime d’Amsterdam – Tropenmuseum – Musée des cultures du monde –
Lire pour comprendre l’ambivalence
La Route des Indes est un roman magistral car il ne simplifie rien. Jan Coen est à la fois stratège et brutal, Eva à la fois femme d’élite et victime silencieuse. En suivant ce couple, on comprend les contradictions d’un empire naissant, la fascination pour l’ailleurs, le coût humain des conquêtes, et la place minuscule que le monde réservait aux femmes. À travers Eva, Simone van der Vlugt met en lumière un pan méconnu de l’histoire des Pays-Bas, tout en nous rappelant qu’on ne revient jamais vraiment intact d’un tel voyage.
Ce qu’il faut retenir
Lire pour visiter autrement
Simone van der Vlugt nous tend des clefs pour comprendre une époque, pour incarner des figures oubliées, pour marcher dans des villes autrement. À travers Lydia, Katja, Lideweij, Catrijn, Eva ou Nora, elle redonne vie à celles que l’histoire officielle a souvent reléguées au silence. Chacune de ces femmes est un point de départ, un fil tendu entre le passé et nous.
En suivant leurs pas, on n’apprend pas seulement l’histoire des Pays-Bas, mais aussi ce que cela signifie de prendre sa place dans le monde, de refuser l’injustice, de créer, de fuir, de reconstruire.
Et si vous partiez, vous aussi, sur les traces de ces héroïnes de papier ?
Non pas pour les retrouver telles qu’elles étaient, mais pour ressentir ce qu’elles ont transmis : la liberté de choisir son propre chemin, pavé de doutes, de beauté, et de courage.
📚 Les romans qui ont inspiré ce voyage littéraire
Ces romans de Simone van der Vlugt ont donné naissance à l’itinéraire que vous venez de parcourir. Chacun d’eux tisse un lien entre fiction et réalité, entre histoire et géographie. Voici, réunis, les visages de ces récits.






Ces couvertures sont autant de portes vers d’autres époques, d’autres paysages. Peut-être y trouverez-vous, vous aussi, le point de départ d’un prochain voyage… littéraire ou réel.

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